Récit d'itinérance - Massif du Pilat

Récit d'itinérance - Massif du Pilat

Tout commença par une envie, la même, celle résidant dans mes gènes... L'envie de mouvement ! La vie parisienne n'est pas faite pour moi, le stress, la vitesse, le monde. Cette ville me fascine mais il n'est même pas possible de voir le paysage plus loin que le bout de sa rue. Alors depuis mon retour dans la capitale, je me suis promis de redevenir NOMADE, avant de devenir malade.

Vendredi 27 mars 19h37

Après une longue journée de travail, j'ai sauté le pas, un billet de train direction le massif du Pilat. Pourquoi ? Dans 3 semaines de cela, mon groupe de trailers et moi-même partons pour un week-end trail en collaboration avec Zeoff. Mon itinéraire était déjà programmé : départ de la gare de Saint-Chamond à 20 minutes de Lyon, avant de partir pour une traversée de 60 kilomètres et 2500 mètres de dénivelé positif pour retrouver de l'autre côté, à Saint-Clair-les-Roches.

Mardi 31 mars 17h20

L'itinérance ne réside pas seulement dans le mouvement, mais plutôt dans sa préparation. Donc, tel un aviateur partant en vol, je m'assure que mon équipement se porte prêt ! Et comme dans l'aéronautique, chaque gramme compte. Voici la liste exhaustive de mon matériel pour 24h d'itinérance.

  • Un fidèle sac d'aventure d'une marque que je ne pourrai citer pour des raisons professionnelles (SALO**N Slab Adventure 20L avec le logo retiré par mes soins),
  • 1,5L d'eau réparti entre ma ceinture et mes flasques ainsi qu'une gourde filtrante de 1L vide,
  • une poche étanche SIMOND 13L contenant : un sac de couchage MT900 confort 0° en plume, un matelas de sol MT500, 3 couches chaudes, une laine mérinos HOKA, un half quarter zip polaire HOKA, un fuseau long de compression,
  • un réchaud, une tasse, des couverts, 3 repas lyophilisés,
  • une trousse de soins, une batterie rechargeable et son câble,
  • une tente MT900 sur le sac à dos, des bâtons réglables servant au montage de la tente,
  • une ceinture Raide 2L sur ma taille.

Le matériel est minimisé au strict nécessaire. Je voulais avoir un confort relatif à la survie, ne rien prendre de superficiel et m'assurer de sortir de ma zone de confort pour pouvoir avoir hâte de la retrouver. C'est pour cela que le téléphone était interdit durant l'itinérance et n'avait que deux usages : prévenir mes proches que tout va bien et pour de la cartographie.

Mercredi 1 avril 5h00

Le réveil sonne, il est l'heure de partir. Départ du train 7h00, Gare de Lyon, voie B, Hall 1. Le trajet se déroule pour le mieux, en étant même surpris d'être à l'heure. À cette heure-ci et en étant mercredi, je ne m'étonne pas de ne pas trouver de grands voyageurs du week-end ou de randonneurs parisiens. C'est même tout l'inverse : des gens pris dans la vie active, entre les déplacements et les call meetings.

Lyon Perrache. Il est temps de prendre ma correspondance direction mon point de départ. À la sortie du train, une dame m'interpelle entre deux trois bousculades :

Dame inconnue : "Vous partez faire une course de trail ?"
Moi : "Oh non, simplement je fais de l'itinérance. Je prends mon sac et je cours !"
Moi : "De plus, je ne connais aucune course le mercredi matin ! ;)"
Dame inconnue : "C'est bien ce que je me disais ! Bonne balade !"

J'étais content de ne pas faire partie de cette masse de gens pressés par le temps et d'être un peu à contre-courant en faisant de mes jours de repos, des jours d'évasion.

Saint-Chamond 10h00

GPS prêt, itinéraire en place, je m'élance pour une longue journée de 35 kilomètres et 1900 mètres de dénivelé positif. Peu roulant sur les 15 premiers kilomètres, mais déjà je me sens dans mon élément. Seul, face à mes pensées et au bruit de mes pas.

10ème kilomètre et les premières traces de neige font leur apparition. Je sens que progressivement la température s'abaisse pour laisser place à un vent plus frais. Je n'espère pas retrouver de la neige sur mon lit de bivouac...

Au 15ème kilomètre, je croise mon premier checkpoint : le refuge de la Jasserie, perché à 1400 mètres d'altitude. Le décor est tout autre en haut. De la neige et un lourd brouillard. L'ambiance en est presque magique, mais surtout froide !

Je continue ma route sur ce long profil montant, dans un décor de Game of Thrones avec les marcheurs blancs, avant de me retrouver sur le premier long profil descendant. J'arpente villages et petits cols. Les kilomètres défilent et je me retrouve bloqué sur une route tenue par un chien de garde... Il n'y avait qu'un seul chemin. Je m'y reprends à multiples reprises et comprends qu'il ne me laissera tout simplement pas passer. Je décide de couper à travers champs et de créer mon propre itinéraire. Une vraie aide pour l'agriculteur, mais un fléau pour les randonneurs et coureurs comme moi de se retrouver face à face, seul, avec ce genre de chien.

17h30, Chapelle Saint-Sabin, 1200 mètres d'altitude

Ma journée est finie. Après une longue ascension, je me retrouve dans le spot de bivouac idéal, légèrement à l'abri du vent. J'installe ma tente, mes affaires et contemple simplement ce que Dieu nous a offert : une magnifique vue !

Je me prends à cet instant du temps pour moi, loin de toute distraction, et je fais quelque chose dont on a de moins en moins l'habitude. Ne rien faire. Dénué de toute distraction, il est assez facile de s'ennuyer lorsque vous êtes enfermés entre quatre murs, mais lorsque vous avez ce genre de vue, le simple passage d'un oiseau pourrait vous divertir. Je m'endors assez rapidement après avoir mangé mon très bon plat lyophilisé au menu : riz dahl et soupe de pomme de terre poulet légumes. Le réconfort chaud à l'état pur. Bonne nuit !

Jeudi 2 avril 06h55, température : moins 1 degré, ressenti : moins 5

Réveillé par le bruit des oiseaux, je vois à travers mon bonnet les premières lueurs de soleil. J'ouvre ma tente et voici le spectacle qui m'attendait.

Un rayon de soleil levant en face de mes yeux. La nuit a été froide, le confort rustique et minimal, mais je m'estime toujours privilégié d'avoir la santé pour réaliser ce genre de réveil. Je pourrais m'arrêter sur chaque point : j'avais perdu mes gants et donc le froid m'avait détruit les mains, un vent frappait ma tente durant toute la nuit et les températures ont drastiquement chuté pour laisser place à un givre partout. Mais lorsque je vois ce soleil, tout s'efface. La chaleur revient dans mon corps, l'envie de continuer ce pourquoi je suis sorti de la capitale.

Une fois le matériel rangé et le petit déjeuner avalé, je n'ai pas perdu plus de temps. Mon objectif était d'être à la gare avant midi. 25 kilomètres m'attendaient avec tout le dénivelé négatif à encaisser. Des gens se demandent si je fais simplement de la rando rapide, mais non. L'itinérance en fastpacking, c'est partir léger pour pouvoir courir le plus possible. J'applique une règle pour moi : les plats, descentes et faux plats sont courus, les montées sont marchées rapidement. Donc l'effort est réparti et c'est grâce à cela que tu peux te déplacer en quelques jours sur des centaines de kilomètres et dormir partout.

La deuxième journée fut drastiquement plus rapide. Mon corps avait très bien encaissé la veille et les jambes étaient fraîches. Alors le dénivelé négatif se déroulait, un vent de face pour me ralentir et je me suis retrouvé très rapidement proche de la ville. Le sourire était sur mon visage. J'avais parcouru en 24 heures ce massif, d'une gare à une autre, avec tout sur mon dos !

Saint-Clair-les-Roches 11h20

J'arrive enfin devant la gare, prêt à prendre mon train de 12h10 direction Paris. Je garde une très bonne expérience de cette itinérance éclair. Je reprends le travail le lendemain, heure à laquelle j'écris cet article. Mon exode urbaine m'a permis de prendre du recul concret sur ce qu'il se passait dans ma vie, l'accélération des projets et des opportunités. Mais savoir prendre du recul et redevenir maître de son temps est important. De plus, sortir de notre maison régulée à 19° permet de la retrouver avec le sourire. Alors cassez votre routine pour goûter à l'inconfort et vous verrez à quel point les petites choses du quotidien sont agréables. Salam !

El Nomadi