Récit d'itinérance - Briançon
L'Appel des Cimes
Tout commença par une envie, la même, celle résidant dans mes gènes. L'envie de mouvement ! Paris étouffe, la chaleur de juillet transforme les rues en fournaise. Je veux de l'altitude, de l'air pur, du silence.
Lundi 29 juillet 2024, 22h47, Gare d’Austerlitz
Le quai est bondé de voyageurs estivaux, valises à roulettes et sacs de plage. Moi, je me faufile avec mon Oxsitis 25L sur le dos. Un sac qui pèse son poids : 14 kilos. Beaucoup trop lourd pour de l'itinérance rapide, je le sais.
Le train de nuit s'ébranle. Direction Briançon. J'ai réservé une couchette, un de ces petits compartiments où six personnes s'entassent. Je grimpe sur ma banquette du milieu, le sac calé contre le mur. Je tire le rideau et me laisse bercer par le rythme des rails. Je finis par m'endormir malgré les arrêts réguliers.
L'itinéraire est simple : 45 kilomètres, 2800 mètres de dénivelé positif. Premier jour jusqu'au lac à 2000 mètres, bivouac, deuxième jour passage par le refuge Buffière, crêtes, retour sur Briançon.
Mardi 30 juillet 2024, 06h12, Gare de Briançon
Le train arrive à l'heure. Je descends, les yeux encore collés mais le corps reposé. L'air est frais. Petit déjeuner rapide dans une boulangerie. Pain au chocolat, café serré.

07h30, Départ
GPS allumé, bâtons en main, je m'élance depuis le centre-ville. Les premières foulées sont légères. La ville s'efface rapidement. Je grimpe un premier sentier forestier. Le ciel est bleu et légèrement nuageux. Le vent commence déjà à se lever.
Les kilomètres défilent. Mon corps trouve son rythme. Le sac pèse vraiment. À chaque pas, je sens les 14 kilos tirer sur mes épaules.
10h20, Frontière italienne
Je franchis la crête qui marque la frontière. Le contraste entre les deux versants est saisissant. Le vent souffle fort maintenant, me force à resserrer ma veste. Les nuages filent à toute vitesse mais un rayon de soleil se dégage.

Le sentier devient technique. Mon sac balance à chaque mouvement. Je l'entends grincer, craquer. L'Oxsitis montre déjà ses limites.
13h30, Montée vers le lac
Le vent redouble dans les passages exposés. Les rafales sont violentes. Mon sac devient une voile qui me déséquilibre. Et soudain, un craquement sec. Une couture vient de lâcher sur le côté, je jure entre mes dents.
16h00, Lac de bivouac, 2000 mètres
J'arrive enfin au lac, niché dans un cirque rocheux. L'endroit est désert, battu par le vent. J'installe mon bivouac sur une plateforme herbeuse, légèrement à l'abri. Tente montée entre deux rafales, réchaud allumé, je retire mon Oxsitis avec soulagement. La déchirure s'est agrandie.
Je mange mon lyophilisé en contemplant le lac. Le vent continue de souffler, fait claquer la toile de ma tente. Pas de coucher de soleil ce soir, juste une lumière qui décline.
La nuit tombe vite. Je m'endors assez rapidement, bercé par le bruit du vent et lee froid se fait sentir. Je dors par intermittence, réveillé parfois par une rafale qui secoue la tente. Vers 2 heures du matin, je sors pisser. Le ciel s'est un peu dégagé, quelques étoiles percent entre les nuages.
Mercredi 31 juillet 2024, 05h30
Le froid me réveille définitivement. Je sors de la tente, les muscles raides. Le ciel commence à s'éclaircir. Les nuages de la veille se sont dissipés.

Café lyophilisé, barre énergétique, démontage du camp. Retour sur Briançon prévu pour midi, train pour Paris à 14h30.
06h30, Montée vers le refuge Buffière
Le sac sur le dos, je repars, sur une montée régulière. Les jambes sont fraîches et le soleil commence à pointer, et avec lui, la chaleur. En quelques minutes, la température grimpe. Je retire une couche, puis une autre.
09h15, Refuge Buffière, 2300 mètres
J'arrive au refuge en sueur. Le soleil tape maintenant de plein fouet. Pas un nuage, pas un souffle de vent. L'inverse total de la veille. Je remplis mes gourdes et repars aussitôt.

10h30, Passage de crête, 2400 mètres
La montée vers les crêtes est rude sous ce soleil. Chaque pas est un combat. La chaleur est écrasante. Je suis trempé de sueur. Le sac Oxsitis continue de se déchirer. Je dois faire attention pour éviter qu'il ne lâche complètement.
J'arrive sur la crête. Je marche sur l'arête, entre deux à-pics. Pas de vent aujourd'hui, juste la chaleur qui monte. Des marmottes sifflent sur mon passage.

12h00, Descente finale
La descente se fait en plein cagnard. Pas d'ombre. Je cours dans les passages roulants pour en finir. Les kilomètres défilent difficilement mais le sourire est sur mon visage malgré la fatigue.
13h45, Briançon
J'arrive en ville, crasseux, épuisé, le visage brûlé par le soleil, mais heureux. 45 kilomètres, 2800 mètres de dénivelé positif, un sac détruit, mais une expérience que je n'oublierai pas.
Douche rapide dans les toilettes de la gare, sandwich avalé en vitesse, et me voilà dans le train. Direction Paris. Mon sac Oxsitis est posé à mes pieds, déchiré, fichu.
Alors que le train s'éloigne de Briançon, je jette un dernier regard aux sommets. Et je sais que bientôt, très bientôt, l'appel des cimes se fera à nouveau entendre.
El Nomadi