La fin d'un cycle

La fin d'un cycle

J'ai 17 ans quand je m'engage, pas par défaut mais par choix, par soif de dépassement, d'aventure, de quelque chose de plus grand que moi. J'ai toujours été ainsi. Quand un milieu me déplaît, quand une situation ne me correspond plus, je ne reste pas à subir en attendant le miracle. J'agis et je change, c'est dans ma nature.

L'armée m'a offert des choses que rien d'autre n'aurait pu me donner. Des hommes extraordinaires qui resteront dans mon cœur jusqu'à la fin, le sentiment d'être vivant, vraiment vivant, comme je n'avais jamais connu, et le sport qui est devenu depuis mon moteur de chaque journée.

Mais l'armée m'a aussi montré des faces plus sombres, la solitude dans la masse, l'éloignement des proches, l'instabilité permanente et ce silence, celui du prisonnier qui attend sans savoir quoi.

Après 5 ans de service, je suis parti en laissant ma place propre, parmi les meilleurs de mon régiment en cross, faisant briller mon escadrille à l'échelle de l'armée, reconnu comme un excellent mécanicien par mes pairs et mes notations. L'avenir qu'on me promettait était radieux. Mais quand les axes ne sont plus alignés, la fin d'un cycle s'annonce d'elle-même.

Accueillir ça avec nostalgie et rancœur en oubliant tout le travail et les sacrifices fournis, c'est la réaction que j'ai vue chez certains de mes supérieurs et pour moi c'est de la lâcheté. Je n'écris pas cette lettre pour cracher sur l'armée, je la respecterai jusqu'à mon dernier souffle, mais certaines personnes qui la composent l'ont rendue écœurante et nocive pour moi.

Alors merci. Merci de m'avoir cru quand je n'étais rien, de m'avoir sorti de mon confort parisien pour me faire découvrir l'homme que je suis aujourd'hui. Je n'alimenterai plus cette relation de haine, il faut savoir couper les liens et accepter cette fin est la seule façon d'avancer vraiment.

Merci de m'avoir brisé mentalement pendant l'année où j'ai choisi de partir, de m'avoir fait douter jusqu'au dernier instant.

Tu resteras toujours une partie de ce qui me compose, mais cette page est tournée.